EN BREF
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CHIFFRES CLÉS
LITHIUM MONDIAL
Part approximative de l’Australie dans la production mondiale de lithium en 2024. L’USGS la classe au premier rang avec environ 37 % de la production recensée hors données américaines confidentielles.
NICKEL MONDIAL
Part estimée de l’Indonésie dans la production minière mondiale de nickel en 2024, confirmant sa position dominante dans l’amont de la chaîne de valeur des batteries.
CELLULES EN INDONÉSIE
Capacité initiale de HLI Green Power à Karawang, première grande usine indonésienne de cellules pour véhicules électriques.
La complémentarité minérale est devenue un flux commercial
Sur une carte des ressources, l’association paraît presque évidente. L’Australie représentait environ 37 % de la production mondiale de lithium en 2024, principalement sous forme de roche dure, tandis que l’Indonésie représentait environ 62 % du nickel minier mondial. La proximité géographique ajoute à cette complémentarité une logique potentielle de chaîne régionale.
Depuis 2023, cette logique commence à se matérialiser. Le mécanisme bilatéral de coopération sur les véhicules électriques a été institutionnalisé et, en 2025, l’Indonésie est devenue le deuxième marché du spodumène australien. Le passage de la complémentarité théorique au commerce observable constitue une première étape réelle.
Elle ne doit pourtant pas être surinterprétée. Une grande majorité du spodumène australien reste historiquement orientée vers la Chine, où sont concentrées d’importantes capacités de conversion chimique. Devenir la deuxième destination à partir d’une base presque nulle constitue donc un signal de diversification, mais pas encore un déplacement structurel de la chaîne australienne.
C’est également pourquoi la croissance du commerce est un indicateur incomplet. Exporter un concentré exige une mine, un acheteur, un contrat et une chaîne logistique. Construire une chaîne industrielle exige en plus des milliards de capital, des procédés, de l’énergie, des normes, des compétences et des engagements de long terme. Le commerce peut ainsi progresser beaucoup plus vite que l’intégration productive.
Une batterie ne naît pourtant pas de deux minerais
La formule « lithium australien + nickel indonésien = batterie » masque précisément ce qui crée l’essentiel de la complexité industrielle. Le spodumène doit être converti en carbonate, hydroxyde ou autre composé de lithium. Le minerai de nickel doit passer par plusieurs étapes pouvant conduire au MHP, au sulfate puis au precursor Cathode Active Material. Ce n’est qu’ensuite que les branches peuvent converger vers le matériau actif de cathode, puis la cellule.
Cette précision technique modifie immédiatement l’analyse économique. Une usine indonésienne produisant du pCAM à partir de nickel local n’utilise pas nécessairement du lithium australien à ce stade. De même, une cargaison australienne de spodumène vers l’Indonésie ne dit pas encore où seront réalisées sa conversion chimique et les étapes suivantes.
L’intégration doit donc être observée à plusieurs niveaux. Le commerce existe déjà. Des investissements croisés commencent à apparaître. Une chaîne coordonnée supposerait ensuite que matières, transformations, standards et débouchés soient organisés conjointement. Un véritable système industriel intégré ajouterait R&D, formation, recyclage, technologie et capital sur la durée.
Cette grille évite de confondre proximité et intégration. Une matière première australienne peut entrer dans une installation située en Indonésie mais financée, équipée et exploitée par des acteurs chinois ou coréens avant d’être transformée en cellule destinée à un constructeur multinational. La production serait régionalisée sans devenir nécessairement bilatéralement maîtrisée.
Les deux pays veulent remonter la même chaîne
La difficulté vient précisément du fait que Canberra et Jakarta partagent le même objectif général. L’Australie ne souhaite pas rester un exportateur de concentrés. Sa National Battery Strategy et ses politiques sur les minerais critiques cherchent à développer raffinage, transformation et matériaux en Australie. Le Critical Minerals Production Tax Incentive offrira ainsi un crédit fiscal remboursable de 10 % sur certaines dépenses éligibles de transformation et de raffinage entre 2027-28 et 2039-40.
L’Indonésie applique une logique parallèle depuis le nickel. Sa politique de hilirisasi vise précisément à déplacer la valeur de l’extraction vers la métallurgie, les produits intermédiaires, les matériaux actifs et la fabrication. Le pays dispose désormais de capacités de cellules et attire des projets intégrés associant groupes indonésiens, chinois et coréens.
La question bilatérale devient donc celle de la localisation de chaque transformation. Exporter du spodumène permet à l’Indonésie de capter davantage de conversion. Exporter un composé de lithium déjà transformé permet à l’Australie de retenir une étape supplémentaire. Localiser ensuite CAM, cellules ou véhicules redistribue encore emplois, investissement, fiscalité et savoir-faire.
Cela explique pourquoi la géologie ne peut fixer seule une division optimale du travail. Les difficultés rencontrées par certaines raffineries australiennes montrent que posséder la ressource ne suffit pas à être compétitif dans la chimie suivante. À l’inverse, l’Indonésie dispose d’une base manufacturière, d’investissements déjà engagés et d’un marché aval plus important. La localisation se décide donc par les coûts, l’énergie, la technologie, le financement et les débouchés autant que par la mine.
La prochaine frontière est la coordination industrielle, pas le minerai
Les institutions bilatérales commencent justement à évoluer vers cette étape. La deuxième réunion du mécanisme EV s’est tenue en mai 2026, l’IA-CEPA fait l’objet d’une General Review et Katalis 2.0 a été lancé en juillet pour approfondir commerce et investissement entre les deux économies.
Mais un accord commercial ne détermine pas la rentabilité d’une usine. Il peut réduire certaines frictions, faciliter l’investissement ou rapprocher les standards. Il ne supprime ni le coût de l’électricité, ni celui du capital, ni les écarts de productivité, ni la volatilité des cours. Une chaîne peut être institutionnellement possible sans être industriellement rationnelle.
La technologie ajoute une incertitude supplémentaire. Les batteries LFP, qui n’utilisent pas de nickel, représentaient déjà près de la moitié du marché mondial des batteries EV en 2024 et dépassaient 55 % en 2025. L’Indonésie elle-même développe des capacités LFP. Une progression durable de cette chimie réduirait la centralité du nickel dans certaines applications sans remettre en cause celle du lithium.
Une chaîne Australie–Indonésie crédible devra donc être adaptable. Elle suppose non seulement des minerais, mais des contrats d’approvisionnement, des investissements croisés, une division explicite des étapes de conversion, des standards communs de traçabilité et des débouchés aval identifiés. Le corridor commercial deviendra véritablement une chaîne lorsque ce seront les actifs industriels, et plus seulement les cargaisons, qui relieront durablement les deux économies.
ANALYSE INDUSTRIELLE

LECTURE
La complémentarité est forte à l’amont. L’Australie occupe une position dominante dans l’extraction du lithium, tandis que l’Indonésie domine celle du nickel. Mais cette spécialisation initiale ne détermine pas la localisation des étapes suivantes. Les deux pays cherchent désormais à capter davantage de raffinage, de transformation chimique et de fabrication sur leur territoire. L’Australie soutient explicitement le développement de capacités de transformation et de composants de batteries, tandis que l’Indonésie a fortement développé son raffinage du nickel. Le chevauchement devient ainsi plus marqué dans la transformation intermédiaire. L’Indonésie dispose déjà d’une capacité manufacturière plus avancée en aval, notamment avec 10 GWh de cellules de batteries opérationnels chez HLI Green Power. La relation bilatérale évolue donc progressivement d’une complémentarité entre ressources vers une concurrence sur la localisation de la valeur ajoutée.
SOURCE & MÉTHODE
La figure croise les politiques industrielles et les capacités documentées en Australie et en Indonésie sur huit étapes de la chaîne batterie, de l’extraction du lithium et du nickel jusqu’aux cellules et à l’assemblage de véhicules électriques. Les sources mobilisées comprennent notamment le Department of Industry, Science and Resources australien et le BKPM indonésien.
Le graphique utilise une échelle ordinale de position industrielle, de marginale à dominante. Il ne s’agit pas d’un score quantitatif. Les points pleins représentent des capacités observables, les points évidés des capacités en développement ou en pipeline. Les segments permettent de comparer les positions des deux pays à une même étape. Traitement sous Python avec NumPy et visualisation avec Matplotlib.
POINT DE BASCULE
CONDITION DE RÉVISION
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