UNE NOTE DE LECTURE PAR AUSTRAL

Trois opérations pour distinguer diversification apparente et véritable capacité de substitution.
CONTRÔLE
propriété · exploitation · réglementation
CONCENTRATION
fournisseurs · routes · systèmes
ALTERNATIVE
partenaire · infrastructure · standard
SUBSTITUABILITÉ
capacité · délai · compatibilité
Australie · Une économie intégrée à plusieurs architectures
L’Australie permet de voir immédiatement pourquoi une dépendance ne peut être décrite par un seul partenaire. En 2025, la Chine représentait 25 % du commerce australien total et 29 % de ses exportations de biens et services. Sur la seule couche commerciale, Pékin occupe donc une place structurellement centrale. Les données du gouvernement australien confirment ces ordres de grandeur pour 2025.
Cette centralité ne se transpose pourtant pas mécaniquement à l’investissement. La Chine représentait environ 1,7 % du stock total d’investissement étranger en Australie à la fin de 2025 selon la mesure retenue par DFAT. Débouché commercial et détention d’actifs décrivent donc deux formes d’intégration différentes.
La couche sécuritaire suit encore une autre architecture. Canberra présente son alliance avec les États-Unis comme centrale pour sa sécurité et bénéficie à travers celle-ci d’un accès à des capacités de défense, de renseignement, de technologie et d’entraînement. AUKUS approfondit également la coopération industrielle et technologique avec Washington et Londres. Cette description correspond aux documents officiels australiens sur l’alliance et sur AUSMIN.
Le numérique ajoute une quatrième configuration. L’Australie maintient une économie technologique ouverte tout en examinant davantage les risques liés au contrôle ou à l’influence étrangère sur certains fournisseurs. Le prix et l’origine du produit ne suffisent plus lorsqu’une technologie devient une infrastructure transversale.
Il en résulte une économie dont les différentes fonctions ne suivent pas la même géographie. Commerce, investissement, défense, technologie et infrastructures régionales s’insèrent dans des architectures distinctes. L’Australie n’est donc pas située dans une dépendance unique, mais dans un portefeuille de dépendances dont la concentration varie selon la fonction.
Indonésie · Diversifier sans remplacer un centre par un autre
L’Indonésie présente une autre configuration. La Chine occupe une position très importante dans ses échanges. En 2025, elle représentait environ 36 % des importations indonésiennes et constituait également son premier débouché pour les exportations non pétrolières et gazières. Mais cette forte concentration commerciale ne se retrouve pas à l’identique dans toutes les autres fonctions.
Le système de règlement en monnaies locales est particulièrement révélateur. Bank Indonesia a progressivement construit des dispositifs avec la Malaisie, la Thaïlande, la Chine, le Japon, la Corée du Sud et les Émirats arabes unis, puis avec Singapour en 2026. Il ne s’agit donc pas de remplacer une dépendance au dollar par une dépendance unique au renminbi. L’architecture consiste plutôt à multiplier les canaux disponibles pour certaines transactions bilatérales. Bank Indonesia confirme l’existence de six partenariats LCT avant l’opérationnalisation du dispositif avec Singapour à la fin d’août 2026.
Cette différence est importante. Une infrastructure alternative peut devenir utile bien avant d’être capable de remplacer le système dominant dans toutes ses fonctions. En 2025, le dollar figurait encore d’un côté de 89,2 % des transactions mondiales de change, tandis que le renminbi restait très minoritaire dans les réserves officielles. Alternative partielle et alternative systémique sont donc deux catégories différentes.
Les systèmes de paiement transfrontaliers prolongent la même logique à une autre échelle. Les infrastructures nationales peuvent être rendues interopérables sans être absorbées par une plateforme régionale unique. Le système ne repose alors ni sur un centre exclusif ni sur une série d’espaces totalement séparés. Il fonctionne comme un réseau de canaux entre plusieurs infrastructures domestiques.
La marge de manœuvre indonésienne ne vient donc pas de l’élimination d’une infrastructure dominante. Elle vient de l’existence croissante de solutions utilisables pour certaines fonctions, avec différents partenaires et différentes monnaies. Diversifier consiste ici à rendre plusieurs chemins praticables plutôt qu’à construire un nouvel axe unique.
Îles Salomon · Plusieurs partenaires ne signifient pas plusieurs solutions
Les Îles Salomon permettent de matérialiser la distinction. Le Coral Sea Cable System relie le pays aux réseaux internationaux grâce à une infrastructure largement financée par l’Australie. Le système apporte une connectivité internationale mais crée aussi une question de continuité lorsque cette route devient indisponible.
L’annonce d’un second câble international, Adamasia, change précisément cette fonction. Il ne remplace pas nécessairement le premier dans le fonctionnement quotidien. Sa valeur vient de la possibilité de disposer d’un autre chemin lorsque la liaison principale est interrompue. Deux routes pour une même fonction créent une redondance que deux partenaires sur deux fonctions différentes ne créent pas. L’Australie a officiellement annoncé son investissement dans Adamasia en novembre 2025.
Le réseau mobile intérieur relève en parallèle d’une autre architecture. En 2026, 161 tours de télécommunications ont été livrées dans le cadre d’un projet financé par un prêt concessionnel de l’Export-Import Bank of China, avec la participation de Huawei et de China Harbour Engineering Company. Le gouvernement salomonais donne les mêmes caractéristiques principales du projet.
Un même utilisateur dépend donc simultanément d’un câble international soutenu par l’Australie et d’infrastructures mobiles financées et équipées avec des partenaires chinois. Cette configuration diversifie les partenaires mais pas nécessairement chaque fonction. Une panne du câble n’est pas compensée par la présence d’un autre fournisseur sur le réseau mobile.
Le second câble change justement cette situation parce qu’il agit sur le même maillon. La distinction devient alors très nette. Diversifier les partenaires décrit la provenance des projets. Diversifier une fonction décrit les solutions disponibles pour assurer le même service. Seule la seconde produit directement une capacité de substitution.

CE QUE MONTRE LA DONNÉE
Données & Méthode :
Données issues de BPS-Statistics Indonesia pour les importations 2025, du ministère indonésien de l’Investissement / BKPM pour les investissements enregistrés en 2025 et de Bank Indonesia pour les paiements LCT de janvier à juillet 2025. Les données officielles confirment notamment les parts utilisées dans la figure.
Pour chaque fonction, les trois premiers partenaires sont isolés et leur part cumulée est calculée sous forme de CR3. Ce choix permet de comparer simplement des structures de concentration différentes sans les agréger en un indicateur unique. Traitement sous Python avec NumPy et visualisation avec Matplotlib.
